La salle de spectacle

Un écrin pour voir et être vu

Dotée de 2 013 places assises réparties sur cinq étages, la salle de spectacle est si richement ornementée qu’on pourrait penser qu’elle n’est faite que de marbre, de stucs, d’or et de velours. Pourtant, c’est le fer qui a été essentiellement utilisé par l’architecte. Associé à la fonte, ce matériau permit de ménager de nombreuses ouvertures donnant accès aux loges et offrit surtout la possibilité d’installer la rotonde des Abonnés sous la salle.

Par ailleurs, si l’on dit du palais Garnier qu’il est le modèle du théâtre à l’italienne, la salle de spectacle, elle, est en revanche dite « à la française » : les décorations y sont variées, les loges y diffèrent selon l’étage, et chaque catégorie de places revêt un aspect et une disposition qui lui sont propres. Charles Garnier a souhaité décorer lui-même la salle et l’a fait de manière somptueuse… Après coup, il s’est toutefois défendu d’avoir cédé à la tentation de l’excès et de l’opulence afin de ne pas nuire aux représentations : selon lui, la salle de spectacle devait n’être qu’un écrin permettant de voir et d’être vu.


« Mettez donc vos diamants et vos joyaux, décolletez vos épaules, entourez-vous de soie et de dentelles, vous serez toujours vues et admirées ; je n’ai fait que l’écrin en cherchant à ne pas nuire aux bijoux. » Charles Garnier

Le rideau d’avant-scène et le lambrequin qui l’encadrent sont les deux seuls éléments décoratifs datant de l’inauguration du palais Garnier qui subsistent de nos jours. Ils ont été réalisés par les décorateurs de théâtre Auguste Rubé et Philippe Chaperon, à qui l’on doit également les salons de la Lune et du Soleil. On distingue, dans le cartouche central du motif qui figure une draperie découpée et tombante, les armes de Louis XIV ainsi que l’année de la fondation de l’Académie royale de musique : 1669.

Le 23 septembre 1964, le nouveau plafond de la salle de spectacle, signé par Marc Chagall, est inauguré. Il recouvre l’ancien plafond de Jules Eugène Lenepveu, conservé intact. L’œuvre avait été commandée en 1962 par André Malraux, alors ministre d’État en charge des Affaires culturelles. Il s’agit de l’une des toiles les plus monumentales du xxe siècle avec environ 220 m2 de surface peinte. Chaque portion du plafond, peinte dans une tonalité colorée, rend hommage à un groupe de musiciens.

– Bleu : Moussorgski, Boris Godounov ; Mozart, La Flûte enchantée.
– Vert : Wagner, Tristan et Isolde ; Berlioz, Roméo et Juliette.
– Blanc : Rameau ; Debussy, Pelléas et Mélisande.
– Rouge : Ravel, Daphnis et Chloé ; Stravinsky, L’Oiseau de feu.
- Jaune : Tchaïkovski, Le Lac des cygnes ; Adam, Giselle.
- Pour le petit plafond : Gluck, Orphée et Eurydice ; Verdi ; Beethoven, Fidelio ; Bizet, Carmen.


La scène, qui a 60 m de haut sur 48,5 de large et 27 de profondeur, communique avec le foyer de la danse, décoré de peintures par Boulanger. La superficie de la scène est de 1 200 m2, ce qui en fit longtemps l’une des plus vastes au monde. À titre d’exemple, le théâtre de la Comédie-Française tout entier tient dans la cage de scène du palais Garnier.